Derrière un détail, l’histoire – l’Obélisque du Duc de Berry

Aujourd’hui, j’ai décidé de créer une nouvelle catégorie : « Derrière un détail ». Le concept est simple : derrière un monument plus ou moins connu, mettre en avant l’histoire qui se cache derrière. Voir même les histoires qui se cachent derrière.

Et pour commencer, je vais vous parler d’un monument souvent oublié à Caen : l’Obélisque du Duc du Berry. Et je ne vais pas vous raconter 1, ni 2, mais 3 faits historiques cachés derrière cet obélisque en granit.

De quoi parle-t-on ?

Le Monument

L’Obélisque du Duc de Berry est situé à Caen, place Monseigneur des Hameaux. Il passe souvent inaperçu à cause de sa localisation. En effet, un abribus a été installé juste devant et il se trouve à proximité de l’église St Etienne, de l’abbaye aux Hommes, du Palais Ducal et des rues de Bayeux et Caponière. Une plaque a été posé sur le monument :

Duc de Berry

Cet obélisque fut érigé en souvenir à Caen du Duc de Berry, neveu de Louis XVIII, après le chute du Premier Empire en 1814. Le Duc fit libérer à cette occasion un certain nombre de prisonniers condamnés à la suite des émeutes de 1812. Les plaques de bronze apposées à cet emplacement pour rappeler cet événement furent ôtées par l’occupant en 1942.

Le Duc de Berry

Personnage aujourd’hui un peu oublié, le Duc de Berry est surtout pour son assassinat le 13 février 1820. Il était né à Versailles en 1778, fils du futur Charles X. Il était ainsi au moment de sa mort, sous le règne de son oncle Louis XVIII, le 2e dans la liste de succession au trône. Il avait quitté la France dès 1789 et avait combattu dans les armées contre-révolutionnaires avant de s’exiler en Angleterre.
Suite à la chute de Napoléon en 1814, il rentre en France en passant par la Normandie. Il débarque à Cherbourg avant de passer par Caen le 17 avril 1814. C’est à cette occasion qu’il gracie des émeutiers.

J'avoue, il ne vend pas du rêve le Charles, mais ça ne l'a pas empêcher d'avoir au moins eu 7 enfants illégitimes et 2 enfants légitimes

Charles-Ferdinand d’Artois, duc de Berry (1778-1820)

Les émeutes de 1812

On l’a beaucoup oublié, mais Napoléon a parfois été contesté à l’intérieur même de la France comme en 1800 lors de l’attentat de la rue Saint Nicaise contre le Premier Consul. Et ça a été le cas en 1812 en Normandie. Suite à une crise économique commencée en 1810 dans la région et aux mauvaises récoltes de 1811, le prix des céréales augmentent et provoquent misère et morts dans la ville.
Le 2 mars, des Caennais se regroupent à la halle aux grains (place St Sauveur) et après avoir pris à parti le préfet et le maire, ils pillèrent et saccagèrent un moulin puis, rentrèrent tout simplement chez eux. Il n’y a pas à dire, ils sont tranquilles les mecs. Un petit pillage et puis, hop, au dodo. Toutefois, pour prévenir d’autres émeutes, le préfet fait appel à la troupe – alors basée à Cherbourg à 130km de là – et envoie un télégramme au ministre de l’Intérieur.
Le 6 mars, ce sont 4000 fantassins qui entrent dans la ville avec à leur tête l’aide de camp de l’Empereur. Au final, 61 personnes sont arrêtées dont 20 femmes ; aillant entre 13 et 62 ans. Les peines, prononcées le 14 mars 1812, sont sévères : 25 condamnés à 5 ans de surveillance, 9 condamnés à 5 ans de réclusion, 8 condamnés à 8 ans de travaux forcés, 8 condamnations à mort (4 hommes et 4 femmes – parité oblige – exécutés dès le 15 mars 1812). 11 personnes sont acquittées.
Lors du passage du Duc de Berry, ce dernier gracie les 9 prisonniers. La colonne en granit place Monseigneur des Hameaux ne sera installé qu’après l’assassinat du duc, en 1820.

Les plaques de bronze ôtées par l’occupant

Changement de siècle, d’époque et presque de contexte, nous sommes en 1942. La guerre totale n’a pas encore été proclamée par Goebbels (elle le sera en janvier 1943) mais l’Allemagne est alors entourée par de nombreux ennemis et commence à perdre son avantage (la Grande Bretagne n’a pas été mise à genoux, la guerre en URSS commence à tourner au vinaigre, les USA sont rentrés en guerre et débarquent même en Afrique du Nord avec les Anglais en novembre).
L’Allemagne doit donc amplifier sa production de guerre alors que de plus en plus d’hommes partent au front. C’est dans ce contexte de « guerre totale » en gestation que les Nazis décident d’amplifier le pillage des pays occupés et décident de récupérer le plus de matériaux possibles. C’est ainsi que même les monuments sont attaqués pour pouvoir produire de nouvelles armes, comme la statue de Louis XVI par Nicolas Raggi datant de 1829 et installée à Bordeaux. La malheureuse statue du malheureux roi rapportera 12 tonnes de bronze…

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Statue de Louis XVI par Nicolas Raggi présentée au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux

Voilà, j’espère que mon petit retour historique à partir d’un monument vous a plu. J’aurais également pu vous parler de la première chute de Napoléon en 1814 mais cela sera peut être une prochaine fois.

A bientôt 🙂

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